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Implantologie et chirurgie orale

Comblement de sinus (sinus lift) : indications

Comblement de sinus (sinus lift) : indications, technique latérale ou crestale, piézochirurgie, suites et contre-indications expliquées.

✓ Rédigé et vérifié par le Dr Fatima Azelmat. Mis à jour le 30 mai 2026.

Radiographie dentaire consultée avant chirurgie pré-implantaire.

Le comblement de sinus, ou sinus lift, est une augmentation osseuse réalisée sous le sinus maxillaire lorsque la hauteur d'os disponible dans le secteur postérieur du maxillaire est insuffisante pour poser un implant. Concrètement, il s'agit de soulever délicatement la membrane qui tapisse le bas du sinus, puis de combler l'espace ainsi créé avec un matériau de greffe, afin de reconstituer une épaisseur d'os suffisante. La Foundation for Oral Rehabilitation situe le seuil habituel d'indication en dessous de 4 à 6 mm de hauteur d'os résiduel. C'est une intervention dont les résultats implantaires rapportés sont élevés, mais qui comporte une complication propre, la perforation de la membrane, et des contre-indications à respecter.

En tant que chirurgienne-dentiste à Kénitra, je reçois souvent des personnes qui ont perdu une ou plusieurs molaires du haut depuis longtemps et à qui l'on a dit que « le sinus est trop bas » pour un implant. Cet article explique pourquoi cette situation se produit, comment on la corrige, quelles techniques existent, et surtout dans quels cas l'intervention n'est pas indiquée. L'objectif est de donner des repères clairs, sans rien promettre qui ne soit pas étayé.

Pourquoi manque-t-il d'os dans le secteur postérieur du maxillaire ?

Le maxillaire postérieur, celui qui porte les prémolaires et les molaires du haut, est une zone particulière. Au-dessus des racines se trouve le sinus maxillaire, une cavité aérienne tapissée d'une fine muqueuse appelée membrane de Schneider.

Deux phénomènes se combinent après la perte d'une dent dans ce secteur :

  • La résorption de l'os de la crête, qui diminue en hauteur et en épaisseur une fois la dent absente.
  • La pneumatisation du sinus, c'est-à-dire l'expansion progressive de la cavité sinusienne vers le bas, qui réduit encore l'épaisseur d'os séparant la bouche du sinus.

Le résultat est une hauteur d'os résiduel parfois trop faible pour ancrer un implant. Le CHU de Lyon décrit précisément cette situation : quand les molaires maxillaires sont perdues, la hauteur osseuse est parfois insuffisante pour mettre un implant, et la greffe sinusienne consiste alors à soulever la muqueuse du sinus et à combler son bas-fond pour augmenter le volume osseux.

Quand le comblement de sinus est-il indiqué ?

L'indication repose avant tout sur la mesure de la hauteur d'os disponible, évaluée sur une imagerie en trois dimensions. La Foundation for Oral Rehabilitation retient une hauteur d'os résiduel inférieure à 4 à 6 mm comme indication d'augmentation sous-sinusienne. Ce chiffre n'est pas une règle absolue : il s'apprécie avec la qualité de l'os, le nombre de dents à remplacer et le projet prothétique.

Le comblement de sinus répond donc à un déficit vertical localisé, sous le sinus. Il ne faut pas le confondre avec d'autres situations de manque d'os, qui appellent d'autres solutions. Si le déficit concerne surtout l'épaisseur de la crête, ou d'autres secteurs, l'approche diffère : ces cas sont abordés dans notre article sur l'implant dentaire quand il manque de l'os.

Quelles sont les techniques de comblement de sinus ?

Il existe deux grandes voies d'abord, et le choix entre elles dépend surtout de la hauteur d'os résiduelle et du gain souhaité.

La voie latérale, ou technique de la fenêtre latérale

La voie latérale consiste à ouvrir une petite fenêtre dans la paroi osseuse externe du sinus, au-dessus de la gencive, pour accéder à la membrane, la décoller et glisser le greffon sous elle. C'est la technique de choix lorsque le déficit osseux est important et que l'on cherche un gain vertical conséquent.

La Foundation for Oral Rehabilitation rappelle qu'un gain de hauteur osseuse nettement supérieur peut être obtenu par cette voie latérale par rapport à la voie crestale. Le Journal of the Canadian Dental Association précise que, lorsque la hauteur d'os résiduelle est inférieure à 6 mm, la technique d'augmentation par fenêtre latérale est fortement recommandée et permet de manière prévisible une croissance osseuse verticale de plus de 4 mm. C'est donc la voie privilégiée quand la hauteur est très réduite et que l'on vise un gain vertical conséquent.

La voie crestale, ou technique des ostéotomes de Summers

La voie crestale aborde le sinus par le haut de la crête, à travers le futur logement de l'implant, sans ouvrir de fenêtre latérale. La membrane est soulevée de quelques millimètres à l'aide d'instruments adaptés, les ostéotomes. C'est une approche moins invasive, réservée aux situations où il reste déjà une hauteur d'os correcte et où le relèvement nécessaire est modeste.

Le Journal of the Canadian Dental Association situe la limite de la fenêtre latérale en dessous de 6 mm de hauteur résiduelle, ce qui revient à réserver la voie crestale aux situations où il reste davantage d'os. En pratique, on retient une logique simple plutôt qu'un chiffre rigide : voie crestale quand il reste assez d'os et que le relèvement est petit, voie latérale pour les déficits plus marqués et les gains plus importants. Des sources éditoriales comme chirurgie-buccale.org décrivent la même orientation.

Tableau comparatif des deux voies

Critère Voie latérale (fenêtre) Voie crestale (ostéotomes)
Situation typique Déficit osseux important Os résiduel encore correct
Gain vertical visé Plus élevé Modeste
Caractère invasif Plus important Moindre
Visibilité de la membrane Directe, par la fenêtre Indirecte
Source FOR.org, JCDA FOR.org, JCDA

Quel est le rôle de la piézochirurgie ?

La piézochirurgie utilise des ultrasons pour découper l'os de façon sélective. Son intérêt théorique est net : elle agit sur les tissus durs, l'os, tout en épargnant davantage les tissus mous comme la fine membrane de Schneider. Cela en fait un outil adapté à l'ouverture de la fenêtre latérale et au décollement de la membrane, deux étapes où le risque de perforation est réel.

La source chirurgie-buccale.org décrit la piézochirurgie comme ayant profondément transformé la voie latérale, en permettant un geste contrôlé, peu traumatisant, avec des suites postopératoires simplifiées. Le bénéfice sur le risque de perforation est cependant discuté, et il faut le présenter avec nuance.

Ce que dit la littérature, avec ses limites

Les données ne pointent pas toutes dans le même sens :

  • Une méta-analyse publiée dans l'International Journal of Implant Dentistry en 2018, portant sur 69 études, rapporte un taux de perforation de la membrane de 24 % avec les instruments rotatifs classiques contre 8 % avec les dispositifs piézoélectriques, une différence statistiquement significative. Les auteurs concluent que les perforations peuvent être significativement réduites avec ces dispositifs.
  • À l'inverse, un essai clinique de Delilbasi publié en 2013 dans Implant Dentistry (PMID 24168901) ne retrouvait pas de différence significative de taux de perforation entre piézochirurgie et instrument rotatif, l'instrument rotatif entraînant en revanche significativement plus de douleur et d'œdème postopératoires.

La piézochirurgie est donc une technique conçue pour protéger la membrane, associée dans les données regroupées à des taux de perforation plus faibles, mais elle ne supprime pas le risque et ne le garantit pas. C'est un outil utile, pas une assurance. Au cabinet, la piézochirurgie fait partie du plateau chirurgical, aux côtés du Cone Beam Durr Dental pour le bilan en trois dimensions et de la technique PRF de Choukroun, qui utilise une préparation issue du sang du patient pour soutenir la cicatrisation.

Comment se déroule l'intervention, étape par étape ?

Le déroulement varie selon la voie choisie, mais la logique générale reste la même.

  1. Bilan et imagerie. Un Cone Beam mesure la hauteur d'os, repère la position du sinus, des cloisons éventuelles et l'état de la membrane.
  2. Anesthésie locale et accès. La gencive est décollée pour exposer l'os, puis l'accès au sinus est créé, par une fenêtre latérale ou par la crête.
  3. Décollement de la membrane. La membrane de Schneider est soulevée avec précaution pour créer l'espace destiné au greffon.
  4. Mise en place du greffon. Le matériau de comblement est introduit sous la membrane relevée.
  5. Fermeture et cicatrisation. La gencive est suturée, puis l'os greffé mûrit pendant plusieurs mois.

Pose de l'implant : en un ou deux temps ?

L'implant peut parfois être posé en même temps que la greffe, en un temps chirurgical, ou bien dans un second temps. La Foundation for Oral Rehabilitation indique que la pose simultanée suppose un os résiduel suffisant pour la stabilité primaire de l'implant, de l'ordre d'au moins 4 mm, et décrit une cicatrisation de 4 à 8 mois après la greffe. Le CHU de Lyon précise que les implants peuvent être positionnés en même temps que la greffe ou dans un second temps, environ six mois après. Le délai exact de maturation du greffon dépend du type de matériau utilisé et du patient.

Le comblement de sinus s'inscrit donc dans le parcours implantaire global. Pour comprendre l'ensemble des étapes d'un implant, de la planification à la pose, vous pouvez lire notre article sur l'implant dentaire à Kénitra. Le principe d'une greffe préalable, ses délais et sa cicatrisation sont par ailleurs détaillés dans l'article sur la greffe osseuse avant implant.

Quels sont les résultats et les limites ?

Les résultats implantaires rapportés après comblement de sinus sont élevés, mais il faut rester précis sur ce que disent les études.

Le Journal of the Canadian Dental Association, citant un consensus fondé sur 85 études, rapporte pour les implants posés dans un os greffé des taux de survie s'échelonnant de 88,6 % à 100 %, avec une moyenne de 97,7 % et une médiane de 98,8 %. Il s'agit d'une fourchette observée à travers de nombreuses études, et non d'un résultat garanti. Aucune intervention ne peut être présentée comme assurée d'un succès de 100 %.

La perforation de la membrane, complication la plus fréquente

La complication la plus fréquente du sinus lift est la perforation de la membrane de Schneider, comme le soulignent la Foundation for Oral Rehabilitation et le Journal of the Canadian Dental Association. Cette perforation n'est pas toujours grave : le JCDA décrit une prise en charge graduée, les petites perforations pouvant être couvertes par une membrane de collagène résorbable, les plus larges par des membranes fixées, et les perforations très étendues pouvant conduire à interrompre l'intervention et à attendre une cicatrisation avant de reprendre. C'est précisément pour limiter ce risque que le choix de la technique et des instruments, dont la piézochirurgie, a son importance.

Les contre-indications à connaître

Certaines situations contre-indiquent ou diffèrent le comblement de sinus :

  • Une sinusite aiguë ou chronique. Le Journal of the Canadian Dental Association recommande d'orienter ces patients vers une évaluation et un traitement médical, souvent ORL, avant toute augmentation. La source chirurgie-buccale.org évoque aussi un épaississement de la membrane pouvant traduire une sinusite infraclinique nécessitant un traitement préalable. Il s'agit d'une contre-indication relative, à lever avant l'intervention, et non d'un obstacle définitif.
  • Un foyer infectieux d'origine dentaire, qui doit être traité au préalable.
  • Les facteurs généraux qui pèsent sur toute chirurgie et toute cicatrisation, à évaluer au cas par cas.

Y a-t-il une alternative au comblement de sinus ?

Oui, dans certaines situations, et le mentionner relève de l'honnêteté de l'information. La conférence de consensus de l'EAO de 2015, publiée dans Clinical Oral Implants Research, a comparé deux stratégies dans le maxillaire postérieur atrophié : des implants longs associés à un sinus lift, ou des implants courts sans augmentation.

Les survies rapportées étaient très proches, autour de 99,5 % pour les implants longs en sinus greffé et 99,0 % pour les implants courts. Surtout, les complications biologiques, principalement la perforation de membrane, étaient environ trois fois plus fréquentes avec la stratégie d'augmentation. Les auteurs en concluent que les implants courts peuvent représenter l'alternative thérapeutique préférable dans ces situations, compte tenu d'une moindre morbidité et d'un temps chirurgical réduit.

Cela ne veut pas dire que le sinus lift est dépassé. Il reste indiqué dans de nombreux cas, notamment quand un implant court ne convient pas à la situation. Le choix entre comblement avec implant long et implant court se discute selon le volume osseux, l'occlusion et l'état général. La décision entre différentes solutions de remplacement, plus largement, est abordée dans notre article implant, bridge ou dentier : comment choisir.

En résumé

Le comblement de sinus est une augmentation osseuse sous le sinus maxillaire, indiquée quand la hauteur d'os résiduel du secteur postérieur du haut est insuffisante pour un implant, en pratique souvent en dessous de 4 à 6 mm selon la Foundation for Oral Rehabilitation. Deux voies existent : la voie latérale pour les déficits importants, la voie crestale pour les relèvements plus modestes. La piézochirurgie est conçue pour protéger la fine membrane de Schneider et s'associe dans les données regroupées à moins de perforations, sans toutefois supprimer ce risque, qui reste la complication la plus fréquente.

Les résultats implantaires rapportés sont élevés, avec une fourchette de survie de 88,6 % à 100 % selon le Journal of the Canadian Dental Association, mais une sinusite active ou chronique impose une évaluation médicale préalable, et les implants courts constituent une alternative documentée selon l'EAO. La bonne démarche est d'objectiver le volume d'os disponible par une imagerie en trois dimensions, puis de choisir la solution la plus adaptée à la situation, en pesant bénéfices, limites et contre-indications.

Discussion clinique autour d'une imagerie dentaire.
Acte dentaire réalisé avec champ clinique maîtrisé.

Questions fréquentes

Le comblement de sinus est-il douloureux ?
L'intervention se déroule sous anesthésie locale et n'est donc pas ressentie pendant le geste. Les suites les plus fréquentes sont un gonflement, des ecchymoses et une gêne modérée pendant quelques jours, décrites comme habituelles par le CHU de Lyon. La piézochirurgie, qui découpe l'os de façon sélective, est associée selon Le Fil Dentaire à moins de douleur et d'œdème postopératoires que l'instrument rotatif. Aucune intervention chirurgicale ne peut toutefois être qualifiée d'indolore ou de sans risque.
Quelle hauteur d'os faut-il pour éviter un sinus lift ?
Il n'existe pas de seuil universel. La Foundation for Oral Rehabilitation considère qu'une hauteur d'os résiduel inférieure à 4 à 6 mm dans le secteur postérieur du maxillaire constitue une indication d'augmentation sous-sinusienne. Au-dessus, un comblement peut être inutile ou réalisé par voie crestale, moins invasive. Seul un examen avec imagerie en trois dimensions, comme un Cone Beam, permet de mesurer précisément cette hauteur.
Peut-on poser l'implant en même temps que le comblement ?
Parfois. Selon la Foundation for Oral Rehabilitation, la pose simultanée suppose un os résiduel suffisant pour stabiliser l'implant, de l'ordre d'au moins 4 mm. En deçà, on procède en deux temps : le greffon cicatrise d'abord, puis l'implant est posé. Le CHU de Lyon décrit ce délai de cicatrisation autour de six mois lorsque la pose est différée.
Une sinusite empêche-t-elle un comblement de sinus ?
Une sinusite aiguë ou chronique est une contre-indication relative. Le Journal of the Canadian Dental Association recommande d'orienter le patient vers une évaluation et un traitement médical, souvent ORL, avant toute augmentation sinusienne. Il ne s'agit pas d'un obstacle définitif, mais d'un problème à traiter au préalable pour limiter le risque d'infection du greffon.
Existe-t-il une alternative au comblement de sinus ?
Oui, dans certaines situations. La conférence de consensus de l'EAO 2015 indique que les implants courts peuvent représenter une alternative aux implants longs associés à un sinus lift dans le maxillaire postérieur atrophié, avec une survie comparable et moins de complications biologiques. Le choix dépend du volume osseux, de l'occlusion et de l'état général ; il se discute au cas par cas.

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